Coup de force sur la LGV

Depuis plusieurs mois, on assiste à une course de vitesse pour boucler le plan de financement du GPSO (Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest). Alain Rousset dispose de toute la complicité de Jean Castex et d’Emmanuel Macron pour faire aboutir ce projet avant que les élections présidentielles ne rebattent les cartes.

Une pluie de milliards d'€ organisée par les manifestants devant le Conseil régional le 13 décembre pour dénoncer la gabegie du projet

Après l’annonce d’une participation de 4,1 Md€ en pleine campagne des élections régionales par J. Castex, après le vote en catimini à l’Assemblée Nationale à la mi-novembre d’un amendement permettant de lever un « impôt LGV » sur les contribuables situés à moins d’une heure d’une gare desservie par la future LGV (voir le communiqué de Loïc Prudhomme, député LFI) il s’agit maintenant de tordre le bras des collectivités réticentes : la communauté de Dax qui était contre vient de changer d’avis, malgré le rassemblement des usagers ce 16 février, le département de la Gironde officiellement opposé au projet découvre – selon son président – que le plan de financement intègre une contribution de sa part de 170 M€ par le biais d’une participation croisée avec la Région.

Le préfet d’Occitanie Etienne Guyot en charge de coordonner ce plan de financement a en effet annoncé son bouclage le 8 février grâce à l’avance consentie par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 225,6 M€ décidée en catastrophe le 7/02, portant sa participation globale à plus de 1,1 Md€, ainsi que l’entrée dans le tour de table de la Communauté de Communes de Maremne-Adour-Côte-Sud.

Un nouveau collectif « Non à la LGV »

C’est dans ce climat qu’un nouveau collectif s’est réuni à Bordeaux ce lundi 14 février à l’Athénée Municipal avec plus de quarante participants : des élus comme Christine Seguinau élu·e EELV à la Région,  Myriam Eckert élu·e municipale Bordeaux en Luttes, Maxime Ghesquières, élu de la majorité municipale à Bordeaux. Des représentants d’associations, collectifs, partis et des citoyens : le GNSA (Groupe National de Surveillance des Arbres ), Aux Arbres Citoyens, la Coordination Vigilance LGV 33, Les soulèvements de la Terre, XR Extinction Rébellion, LFI, EELV, collectif Bordeaux en Luttes, Uzeste musical, les Amis du Barthos, Sepanso 33, ANV COP 21, Ensemble, ATTAC 33,  avec le Collectif NINA (ni ici ni ailleurs), Greenpeace Bordeaux et l’association PourQuoiPas.

Un nouveau collectif anti-LGV bordelais s'est réuni ce 14 février

Un historique de ce projet depuis 2005 a été présenté par les militant·e·s  qui ont évoqué la reconnaissance d’utilisé publique en 2015 après une enquête publique qui avait pourtant révélé une opposition ultra-majoritaire de la population,  jusqu’au vote du Conseil Régional Nouvelle Aquitaine par les élus PS, PC et droite en décembre dernier, les élus EELV s’étant opposés au projet.

Lundi 14 février, à la veille de l’examen du plan de financement de GPSO par le Conseil d’État, 12 associations opposées au projet* ont adressé une lettre à la plus haute juridiction administrative pour dénoncer les « anomalies » du plan de financement. Parmi celles-ci la délibération reçue hors des délais réglementaires par les élus régionaux pour le vote du 7/02, et qui n’est pas passée préalablement par la Commission Transports. Mais il y a peu d’espoir que cette démarche arrête la machine qui est lancée (réponse attendue le 22 février) .

Pendant ce temps à l’Assemblée nationale, Loïc Prudhomme demande de toute urgence un rendez-vous à Djebbari, le ministre des transport et lui écrit :  » Contre les évidences et les enjeux climatiques, malgré l’opposition massive des habitants, votre ministère continue à soutenir le passage en force du projet de LGV GPSO. Non financé, ce projet est le théâtre de toutes les manigances pour lever un « impôt LGV » auprès des populations qui n’en bénéficieront pas ».

Le projet ne sera cependant pas opérationnel au moins avant deux ans (financement, environnement et mobilisation citoyenne à venir) ce qui laisse un peu de temps à la mobilisation citoyenne pour s’opposer à ce projet délétère. Le collectif bordelais annonce une prochaine réunion le 21 mars, à 18h30, à l’Athénée Municipal de Bordeaux. 

Pour une véritable politique de développement du fret ferroviaire

Nos amis du CADE (Collectif des associations de défense de l’environnement du Pays basque et du sud des Landes) publient ce 18 février la traduction d’un article paru dans la presse espagnole qui confirme qu’il n’y a aucune intention de développer le fret ferroviaire côté espagnol, notamment pour le corridor Algesiras-Madrid-Irun.

C’est un gros caillou (de plus) dans la chaussure d’Alain Rousset dont l’essentiel de l’argumentation porte sur la saturation de la ligne existante côté français et sur la nécessité de faire une troisième voie (LGV) pour libérer des sillons sur l’ancienne afin d’y faire passer les trains de marchandises.

Le développement du transport de fret ferroviaire ne peut résulter que d’une politique s’attaquant de façon volontariste aux lobbies du transport routier et aux logiques de flux tendus du commerce international. La ligne LGV Tours-Bordeaux n’a pas enlevé le moindre camion sur le pont d’Aquitaine depuis 10 ans Leur nombre a même augmenté. Pourquoi ? Parce que la Région Nouvelle-Aquitaine n’a pris aucune mesure pour développer ce fret et réduire de façon drastique le transport routier. Sans volonté politique, les sillons « libérés » ne servent à rien !

5000 ha de Zone à Défendre

La mobilisation citoyenne le montre depuis des années, tout n’est pas perdu : ce projet insensé peut être une nouvelle fois repoussé car il ne répond en rien aux besoins de mobilité de la région. Rappelons qu’il n’y a que 60 000 usagers du train du quotidien en Nouvelle Aquitaine et que de nombreuses petites lignes, de nombreuses gares pourraient être ré-ouvertes avec les 15 Md€, sans parler de la modernisation de la ligne Bordeaux-Toulouse existante. Le GPSO  serait une véritable catastrophe écologique, comme l’ont montré de nombreuses enquêtes des associations, en artificialisant des milliers d’hectares de terres agricoles et forestières dont la vallée du Ciron et les zones humides qui l’entourent (écouter les émissions d’Antoine Chao LGV mon amour et  Ciron contre LGV ou, plus près de chez nous, les émission sur la Clé des Ondes ici ou ).

 

 

Les insoumis continueront de se mobiliser pour jeter ce Grand Projet Inutile Imposé (GPII) aux oubliettes, aux côtés de l’aéroport de Notre Dame des Landes et de tant d’autres projets dispendieux qui n’améliorent que le compte en banque des bétoneurs qui les soutiennent.

  • *Trans’CUB, Fédération SEPANSO Gironde, Collectif des Associations de défense de l’Environnement Pays basque sud des Landes (CADE), France nature environnement Midi-Pyrénées, Les Amis de la Terre des Landes, Fédération SEPANSO Landes, Les Amis du Barthos, Landes Environnement Attitude (LEA), Très Grande Vigilance en Albret (TGV en Albret), Vive la Forêt, Sauvegarde des Landes et Coteaux de Gascogne (ASLCG), Alternative LGV Midi Pyrénées

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