GPSO et LGV Bordeaux-Toulouse, c’est toujours NON !

Le Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest est revenu sur la scène régionale en ce mois d’octobre lors de la séance du Conseil régional du 11 octobre au chapitre intitulé pompeusement : « Un rendez-vous européen pour répondre à l’urgence climatique, à l’impérieuse nécessité de report modal et à l’aménagement du territoire ».

Alain Rousset, à l’aube de sa 24ème année de mandat, s’est à nouveau emparé de ce projet ressuscité pendant la campagne électorale des Régionales par une annonce stratège du premier ministre J. Castex. Ce dernier a en effet promis plus de 4Md€ pour la réalisation du tronçon entre Bordeaux et Toulouse, plus précisément entre Saint-Médard-d’Eyrans et Saint-Jory. Les Aménagements Ferroviaires du Sud de Bordeaux (AFSB) et du Nord de Toulouse (AFNT), restant à la charge des deux métropoles et des deux régions — Nouvelle-Aquitaine et Occitanie — pour un montant analogue de 4Md€ au moins.

Un projet contre l’avis des populations

Alors que les mobilisations des habitants et des associations avaient, dès 1992, fait reculer un premier projet, celui-ci est revenu en 2005 avec l’annonce d’un Débat Public. Une énorme mobilisation l’a de nouveau contré et pas moins d’une vingtaine de Commissaires enquêteurs ont conclu à son inutilité et à sa voracité, compte tenu de la non-saturation de la ligne existante ainsi que des coûts financiers et environnementaux exorbitants générés par sa construction… Avis défavorable qui fut pourtant suivi d’une D.U.P. (déclaration d’utilité publique).

De nombreux habitants, notamment en Sud-Gironde, restent très mobilisés, avec leurs élus de proximité, pour refuser ce projet.

Il s’agit donc d’un Grand Projet Inutile et Imposé aux populations, de surcroît onéreux et non financé.

Aujourd’hui à nouveau, les associations et les citoyens se mobilisent.

Le GPSO est constitué d'une ligne grande vitesse au Sud de Bordeaux, qui se partage au niveau de Captieux entre un tronçon vers Toulouse et un autre vers Dax et l'Espagne.

Un projet qui n’a rien d’écolo

Pour faire passer ce projet qui va détruire près de 5000 ha de terres agricoles, sylvicoles, des zones humides et consommer une énergie grise énorme, il faut bien sûr mettre en avant l’urgence écologique qui désormais, est servie à toutes les sauces.

C’est ce que relève un récent rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental Régional (CESER) qui s’interroge. Le gain de temps sur le trajet, le report modal et les enjeux d’aménagement du territoire justifient-ils la consommation foncière induite, la démultiplication de la consommation énergétique, la destruction d’écosystèmes et de réseaux hydrographiques précieux, la réduction des puits de carbone utiles à l’atténuation du changement climatique ? Il verse quelques éléments au débat :

– Ces dernières décennies, les investissements ont été concentrés sur le réseau à grande vitesse, au détriment des transports du quotidien. Rappelons que seuls 60 000 néoaquitains sont usagers du train au quotidien c’est à dire 1 % de la population !

– Les engagements sur les petites lignes comme Saint-Mariens/Blaye  (sans cesse ré-annoncés) ne sont toujours pas suivis d’effets.

– Les LGV ne dynamisent pas les territoires

– Les LGV provoquent un emballement des prix du foncier et une gentrification des villes desservies.

Enfin le CESER regrette que les conclusions de l’évaluation réalisée sur la LGV SEA Tours Bordeaux n’aient, à ce jour, toujours pas été présentées !

Une présentation mensongère

Dans sa présentation du projet le 11 octobre (séance à retrouver ici), Alain Rousset s’est fait le chantre de la « vérité rétablie » :

le gain de temps entre Paris et Toulouse ne sera pas d’1/4 d’h comme le disent les détracteurs mais d’1 heure ! Parole de gascon ! De même le gain de temps en direction du Sud sera entre 20 et 30 minutes.
La ligne existante ne suffit pas réaffirme A. Rousset car au Sud de Bordeaux par exemple, elle est saturée et le projet de RER métropolitain ne pourra pas fonctionner en direction de Langon. (notons que ce RER  promet une ligne Saint-Mariens/Langon que personne ne réclame).
Il n’y a pas d’autre solution que d’avoir une voie Bordeaux-Dax pour desservir le Pays basques.
Il n’y a pas d’autres solution pour décarboner nos transports, en finir avec le mur de camion et les embouteillages, ou alors on remet des avions partout.(notons que le mur de camions devait disparaître de l’A10 avec la LGV Tours-Bordeaux, ce que nous constatons tous les jours !)
Et la construction de la ligne TGV Sud Europe Atlantique Tours-Bordeaux a été suivie de compensations environnementales représentant le triple des zones atteintes. (dommage que le rapport d’évaluation ne soit pas encore publié pour en avoir le cœur net !)
Ces arguments se démontent un par un et Christine Seguineau, élue régionale EELV, ne s’en est pas privée faisant ainsi la démonstration qu’une opposition indépendante à l’intérieur du Conseil régional est indispensable à la gauche, à l’écologie et à la démocratie.

Le projet GPSO est en contradiction avec la sobriété foncière portée par le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (SRADDET) et sa feuille de route NéoTerra. Concernant l’objectif général de réduire de 50 % la consommation d’espace ou celui de préserver la biodiversité (par exemple celle d’un écosystème aussi fragile que celui du Ciron), le GPSO a tout faux.

Plus étonnante est la position du Parti Communiste Français qui, par la voix de Fred Mellier ce 11 octobre, a apporté tout son soutien à ce grand projet inutile. Au nom de la défense de « l’accès à la mobilité, ce mouvement lancé depuis plus de 150 ans, un progrès auquel on ne veut pas renoncer » et en décalage total avec les enjeux écologiques actuels. Fred Mellier ne formule qu’une seule critique à ce projet : le montage financier qui demande à la région de mettre la main à la poche, mais cela n’empêchera pas son groupe de voter pour. Pour se rafraichir la mémoire sur la position du PCF quand il n’était pas encore embourbé dans des accords électoraux avec la majorité socialiste du Conseil régional, on lira cette déclaration datée de 2015 avec intérêt. Il fait lui aussi la preuve (dans l’autre sens) qu’une opposition indépendante à l’intérieur du Conseil régional est indispensable à la gauche, à l’écologie et à la démocratie.

La disparition spectaculaire du mur de camions sur l’A10 suite à la création de la LGV Tours-Bordeaux

Les associations sur le front

Du côté associatif, la mobilisation est intacte.

L’association Trans’Cub rappelle que le GPSO représente un coût démesuré pour un gain de fréquentation anecdotique. Et surtout, il n’est pas nécessaire à l’amélioration du trafic TER et du fret ferroviaire, comme l’assurent ses partisans. L’association mentionne dans une lettre aux élus départementaux l’étude indépendante qui a été effectuée par le cabinet d’expertise Claraco, spécialisé dans le domaine ferroviaire. Elle conclut  à la non-saturation de la  ligne existante et propose une modernisation et des aménagements mineurs pour la sécuriser et pour en augmenter les capacités.

Selon les associations du CADE (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement du Pays-Basque et du sud des Landes), qui ont soigneusement étudié les prévisions de fréquences et les durées des TGV, les gains de temps que permettrait la LGV sont beaucoup moins faramineux que le prétend Rousset.

La SEPANSO 33 pointe l’absence de crédibilité de l’objectif « zéro artificialisation nette », porté tant par le gouvernement que par la Région. Elle rappelle « ces projets ferroviaires pharaoniques et dispendieux ont été largement rejetés par les populations et par de nombreux acteurs consultés, lors de l’enquête publique qui s’est déroulée en 2014 ». Selon les dernières estimations, « les projets de LGV Bordeaux/Toulouse et Bordeaux/Dax, atteignent en effet le niveau indécent de 14,3 milliards d’euros, soit environ 40 millions €/km ».

Enfin l’association LGVEA, qui participe beaucoup à la mobilisation d’aujourd’hui, refuse de se « résoudre à subir le dictat de quelques grands élus qui, sous le label légaliste, bafouent la légitimité des dizaines de milliers de citoyens qui ont refusé le GPSO depuis les débats publics de 2005-2006 ».

Un financement problématique

Le financement du GPSO est à l’origine de grandes manœuvres depuis quelques mois. Les collectivités locales devront participer de façon très importante à sa réalisation alors qu’il s’agit d’un projet national et même transeuropéen (il est subventionné au titre du réseau transeuropéen RTE-T).

  • le Conseil de Métropole de juillet a voté une étude des AFSB présentée par Cl. Mellier mettant en avant ce fameux RER métropolitain qui sert de prétexte à une étude partie intégrante du GPSO (1 vote contre, Ph. Poutou et une abstention N. Delattre).
  • la Commission Permanente du Conseil Régional a voté début novembre une décision de financement des acquisitions foncières nécessaires aux AFSB.
  • le Conseil de Métropole du 25/11/21 a décidé de s’engager financièrement à hauteur de 344 M€ pour les AFSB.

Mais voilà, le compte n’y est pas car les 9 autres collectivités concernées trainent du pied : le CD64 est réservé, les CD33 et CD47 sont contre, comme la communauté d’Agen, Pau Mont de Marsan et Bayonne sont réservées…

Voilà pourquoi un amendement de dernière minute est sorti du chapeau de Bercy pour créer un nouvel impôt, voté en catimini à l’Assemblée Nationale ! Cet ajout sournois prévoit que les contribuables situés à moins d’une heure d’une gare desservie par la future LGV seront taxés à hauteur de 24 millions d’euros par an, ni plus ni moins qu’un « impôt LGV ».

Dans un communiqué de presse publié dès le 17/11/21, le député LFI Loïc Prudhomme commente ainsi cette décision :

« Alain Rousset et son ami Macron s’arrangent en douce sur le dos des contribuables, taxés pour financer leur folie anti-écologique et anti-sociale ! »

Loïc Prudhomme s’est adressé aux maires de la Métropole bordelaise pour les appeler à refuser ce nouvel impôt d’une injustice incroyable puisque la plupart des gens qui devront s’en acquitter n’auront aucun bénéfice avec cette ligne dont ils regarderont passer les trains. Il constitue une rupture d’égalité des citoyens devant l’impôt.

Mais l’engagement financier de la région Nouvelle Aquitaine et de la métropole bordelaise ne suffira pas, l’impôt « TGV » non plus, et le bouclage financier du projet nécessite aussi une participation financière supplémentaire de SNCF Réseau. On apprend par un article de La Dépêche du 24/11/21 que « SNCF Réseau percevra des péages d’infrastructures une fois le GPSO lancé… et le surplus de ces péages par rapport à ses dépenses de maintenance [sera] réinvesti au financement du projet ». Selon Carole Delga qui se félicite de cette dette supplémentaire, « ce surplus pourrait représenter entre 1 Md€ et 1,7 Md€. »

Ce qui fait dire à nos amis du CADE :  » Encore une fois c’est le service public et donc les contribuables qui passent à la caisse. Après l’effacement partiel de la dette SNCF, on réenclenche donc à nouveau la machine de l’accroissement de la dette. On connaît la suite: moins d’investissements dans l’entretien des voies et des trains du quotidien et – la variable d’ajustement – des milliers d’emplois cheminots supprimés… »

Mobilisation générale

La France Insoumise 33 appelle tous les citoyens à se joindre aux mobilisations qui vont émailler les mois de novembre et décembre, à commencer par celle de Casteljaloux le 27 novembre. Partout, nous devons défendre l’idée que d’autres choix sont possibles, en phase avec les besoins de déplacements quotidiens et avec la nécessité de préserver la biodiversité.

3 réponses à “GPSO et LGV Bordeaux-Toulouse, c’est toujours NON !

    1. Votre commentaire est assez énigmatique. L’AEC dénonce effectivement les grands projets inutiles comme le GPSO (en accord sur ce point avec Y. Jadot). Ce n’est pas un scoop. Mais le PCF, reniant toutes ses réserves précédentes, soutient à fond ce projet au détriment de la défense des petites lignes puisque les 14 milliards engloutis là-dedans manqueront dramatiquement pour le reste. Nous avons bien compris que c’était le prix à payer pour avoir quelques strapontins sur la liste de Rousset. C’est cette politique là qui a tué le PCF, celle qui abandonne ses idéaux pour faire des tambouilles électorales. Quant au ShiftProject, il ne s’y trompe pas quand il critique le programme de F. Roussel sur ce sujet.

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