Un collège et des pesticides

A Parempuyre, en Gironde, un projet de construction de collège fait des remous.

Le collège existant à Parempuyre a vieilli et surtout ses murs craquent : l’augmentation démographique a poussé les élus municipaux et départementaux à le reconstruire, plus grand et mieux équipé en plateaux sportifs. L’emplacement actuel étant jugé trop petit, ils ont choisi un grand terrain de 2 ha entouré d’arbres et d’accès facile et prévoient une rentrée en 2022.

Mais voilà.

Il y a un (hic) collectif de parents !

Parempuyre collectif parents se mobilisant pour le collège
Parempuyre collectif parents se mobilisant pour le collège sans pesticide

Ce terrain fait face aux vignes de Château Clément-Pichon, propriété du groupe de BTP Fayat, exploité en « conventionnel » c’est à dire à l’aide de pesticides de synthèse. Même si l’on ajoute « en agriculture raisonnée » : cela ne limite en rien l’uitilisation de ces molécules dont beaucoup sont des CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques), voire des PE (peturbateurs endocriniens).

Entre avril et septembre, cela signifie que des adolescents qui sont en période pubertaire vont recevoir à haute dose les dérives des pulvérisations puisque la distance de 20 m qui sépare les vignes de l’emplacement du collège ne permet pas d’espérer une mise à l’abri, pas plus que les bricolages que sont des plantations de haies régulièrement proposées en pareil cas. Ajoutons à cela que les perturbateurs endocriniens ont une spécificité : leur dangerosité ne dépend pas de la dose. Ils peuvent faire de très graves dégâts à de faibles concentration.

Les parents des élèves actuels ou futurs du collège ont donc crée un collectif très actif depuis plusieurs mois pour alerter sur cette situation qui les inquiète. Ils ont très vite rencontré le propriétaire qui n’envisage absolument pas de convertir son exploitation en bio (il n’est pourtant pas vraiment en difficulté financière selon nos informations). Les parents ont ensuite demandé à la mairie de trouver un autre terrain mais ils ont, là encore, essuyé un refus.

Ils ont alerté les associations anti-pesticides et ont reçu le soutien du Collectif Infos Médoc Pesticides, de Alerte Pesticides Haute Gironde, de Alerte aux Toxiques, de Générations Futures Bordeaux, de l’association Alerte des Médecins sur les Pesticides, du Collectif Alerte Pesticides de Léognan. Ils ont aussi le soutien de la fédération des personnels de l’Education FSU33 et de la plus grosse association de parents d’élèves de la Gironde, la FCPE33.

Communiqué de Loic Prudhomme - Collège et Pesticides
Communiqué de Loic Prudhomme - Collège et Pesticides

L’actualité s’est emballée à la suite d’un reportage de France2 et de son magazine « L’œil du 20h » puisque l’équipe de reportage a fait réaliser des analyses de poussières dans les garages et maisons voisines du terrain. Le laboratoire qui a fait les mesures a confirmé les pires craintes sur les produits toxiques que l’on retrouve dans ces poussières, y compris des pesticides aujourd’hui interdits.

Comme après le grave incident de Villeneuve de Blaye en 2014, l’emballement médiatique a été proportionnel à l’inquiétude des populations concernées. Loïc Prud’homme, député de la France Insoumise, a rappelé dans un communiqué la proposition de loi qu’il avait faite en juin 2018 pour établir une zone tampon autour des habitations dans laquelle ce type de pulvérisations seraient interdites. (image du communiqué)

Les associations citées ci-dessus avaient elles aussi mené une démarche auprès du Préfet de la Gironde pour réclamer une zone de 200 m autour des établissements sensibles sans pulvérisation de produits CMR ou PE. Sans succès.

Aujourd’hui 8 janvier, le Collectif Parents Parempuyre était enfin reçu par la vice présidente du Conseil Départemental pour faire entendre ses arguments et exiger que cette instance trouve une solution afin que les collégiens ne soient pas exposés.

Plusieurs pistes ont été envisagées :

– Reconstruire le nouveau collège sur le site existant quitte à construire les installations sportives seulement sur le terrain qui fait face à Château-Pichon, comme le demande le Collectif de parents et l’association Préservons notre paysage urbain de Parempuyre.

– Obtenir par l’engagement des différentes instances administratives et territoriales la conversion en bio de l’exploitant.

– Demander au Préfet une modification de son arrêté de 2016 de sorte qu’il interdise les pulvérisations sur une zone de 200 m. Le Conseil départemental se dit près à soutenir cette démarche.

Les vignes du chateau Clément-Pichon collée à un collège
Les vignes du chateau Clément-Pichon collée à un collège

– Mettre aussi le CIVB et les organismes professionnels du vin en Gironde devant leurs responsabilités. Il ne suiffit pas de communiquer médiatiquement sur la réduction des pesticides : il faut la faire ! Pour mémoire, le plan Ecophyto prévoyait une réduction de 50% des pesticides en 2018. Leur vente a augmenté de 10% entre 2009 et 2016 !

Tous les acteurs en présence doivent prendre leur responsabilité et ne pas se défausser les uns sur les autres : Préfet, Conseil Départemental, élus locaux, propriétaire et CIVB.

Il existe 130 sites en Gironde, répertoriés « zone sensible » par la préfecture. Dans de nombreux cas, le voisinage entre les exploitations et les riverains est ancien et il est difficile de trouver des solutions. A Parempuyre, il est possible d’anticiper.

La route de Parempuyre longeant le collège et le château Clément-Pichon
La route de Parempuyre longeant le collège et le château Clément-Pichon

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